Un satellite publicitaire en orbite : le marketing spatial !!

Un satellite publicitaire en orbite : le marketing spatial !!

L’espace, cet étrange et fascinant endroit déjà visité par les fusées, les satellites et les milliardaires, va accueillir un nouveau locataire : la publicité. Le 7 août dernier, Samuel Reid, PDG et co-fondateur de la société canadienne Geometric Energy Corporation (GEC), a annoncé s’associer à SpaceX – société détenue par le milliardaire Elon Musk, assurant des opérations de ravitaillement entre la Terre et la Station spatiale internationale (ISS) à l’aide de la fusée Falcon 9 – pour lancer un nanosatellite. En cours de construction, ce dernier se nomme CubeSat et diffusera des publicités dans l’espace.

Il sera propulsé en orbite terrestre basse par la fusée Falcon9 de SpaceX, début 2022 selon Samuel Reid. L’un des côtés sera muni d’un écran d’affichage pixelisé, ainsi que d’une perche à selfie permettant de retransmettre en live les images – publicités, logos, ou œuvres d’art – projetées, sur YouTube ou Twitch. « Certaines entreprises voudront certainement mettre en valeur leur logo, ou créer quelque chose de plus personnel et artistique. Peut-être que Coca-Cola et Pepsi lutteront pour mettre en valeur leur image », a noté Samuel Reid.

Pour diffuser de la publicité sur le satellite, la société proposera différentes offres. Toutefois, il faudra dans un premier temps se munir de jetons numériques – payable en ethereum, et bientôt en dogecoin, la fameuse cryptomonnaie propulsée par Elon Musk. Il n’a pas été précisé la valeur de chaque jeton. « Cette mission sera la démonstration d’une application de la cryptomonnaie au-delà de l’orbite terrestre et jettera les bases du commerce interplanétaire », estime Tom Ochinero, vice-président des ventes commerciales de SpaceX. « J’essaie de réaliser quelque chose qui puisse démocratiser l’accès à l’espace et permettre une participation décentralisée » note quant à lui Samuel Reid. « Espérons que les gens ne gaspillent pas d’argent pour quelque chose d’inapproprié, d’insultant ou d’offensant », poursuit-il. Ces jetons seront au nombre de 5 et permettront la production de contenu : le jeton Gamma, déterminera la luminosité de l’écran ; Kappa, la couleur ; Beta, la coordonnée X ; Rhoe, la coordonnée Y ; et Xi, le temps d’affichage de votre publicité.

 

Pizza et burger déjà dans l’espace

En 2001, l’entreprise américaine Pizza Hut a dépensé presque un million d’euros pour livrer une pizza à la Station spatiale internationale (ISS). Une voiture Tesla en orbite autour du Soleil, un burger KFC propulsé dans la stratosphère : les marques rivalisent d’imagination pour se démarquer. La Nasa vient même de collaborer avec le groupe de cosmétiques de luxe Estée Lauder pour organiser une séance photo dans l’ISS.

La publicité projetée dans l’espace marche-t-elle ? « Oui, si c’est cohérent, analyse Julien Intartaglia, doyen de l’Institut de la communication et du marketing expérientiel de la Haute école de gestion Arc, à Neuchâtel (Suisse). En 2015, le saut de Félix Baumgartner depuis la stratosphère a permis à Redbull de promouvoir son slogan lié au dépassement de soi. Passé l’attrait pour la nouveauté, la publicité dans l’espace peut devenir contre-productive car en décalage avec les aspirations environnementales actuelles. »

 

Selfie et publicité spatiale : pixels à vendre

SpaceX, la société spécialisée dans l’astronautique et le vol spatial fondée par Elon Musk, collabore avec l’entreprise canadienne Geometric Energy Corporation pour lancer en orbite le satellite CubeSat. Ce dernier est équipé d’une perche de selfie et d’un écran pixellisé permettant d’afficher des publicités, des logos, etc.

Le CubeSat sera mis en orbite par la fusée Falcon 9 de SpaceX. Une fois le satellite lâché dans l’espace, la perche à selfie capturera des images de l’écran pour les diffuser en direct sur Youtube ou Twitch. Selon le cofondateur et CEO de Geometric Energy Corporation, Samuel Reid, le CubeSat devrait être lancé début 2022.

 

 

Le précédent russe

Si l’annonce du GEC place au cœur du débat la question de la publicité spatiale, cette dernière n’est pas nouvelle. En 2019, la société russe StartRocket a proposé d’utiliser des petits CubeStats, dont le lancement est peu coûteux, pour placer des panneaux d’affichage dans l’espace. À une altitude d’environ 450 km, les satellites déploieraient un voile en mylar – un film en polyester réfléchissant – d’environ 9 mètres de long, sur lequel s’afficheraient des publicités lumineuses, visibles depuis la terre. « Nous sommes en train de développer un nouveau média », s’était alors félicité le PDG de l’entreprise, Vlad Sitnikov, auprès de NBC News, prévoyant déjà d’autres applications à ce CubeSat, parmi lesquels le divertissement et l’affichage d’alertes gouvernementales en cas de catastrophes. « Lorsque les téléphones ne fonctionnent pas, en cas de visibilité nulle, de coupures de courant et d’urgences catastrophiques, le gouvernement peut utiliser l’affichage pour envoyer des notifications urgentes à la population », développe ainsi l’entreprise sur son site internet.

Inspiré par le satellite « Humanity Star », un projet artistique sous forme de boule à facettes lancé en orbite en janvier 2018 par la société Rocket Lab et ayant fait le tour de la planète pendant deux mois avant de se consumer dans l’atmosphère, Sitnikov a déjà annoncé que PepsiCo serait son premier client. Dans une vidéo qui détaille les ambitions de l’entreprise russe, on peut déjà voir les publicités de StartRocket s’élever au-dessus de monuments aux quatre coins du monde, tels que le Golden Gate Bridge, la Tour Eiffel, un temple à Bali ou la Tower Bridge de Londres, donnant un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la publicité spatiale intrusive dans les années à venir.

Dogecoin to the moon : bientôt une réalité

Les annonceurs pourront bientôt acheter en cryptomonnaies, des tokens pour réserver des pixels sur l’écran, et y afficher ainsi leurs publicités. Le Geometric Energy Corporation espère pouvoir accepter les paiements en Dogecoin dans le futur pour l’achat des publicités spatiales. Elon Musk avait déjà évoqué dans un tweet du 10 mai 2021, qu’il allait envoyer le Dogecoin sur la lune – au sens propre et figuré vu que le milliardaire pumpe le DOGE à grand coup de tweets depuis des années.

5 tokens seront émis pour l’achat de publicités : le Beta pour les coordonnées X, le Rhoe pour les coordonnées Y, le Gamma pour la luminosité, le Kappa pour la couleur, et XI pour le temps. Reid n’a cependant pas révélé le prix d’un token CubeSat.

Le Geometric Energy Corporation est habitué à traiter avec le Dogecoin dans le cadre de ses collaborations avec SpaceX. Il avait payé l’entreprise d’Elon Musk intégralement en Dogecoin pour réserver une place pour son satellite lors de la prochaine mission spatiale appelée Doge-1.

Publicité spatiale intrusive et non-intrusive, kézako ?

Au-delà des récentes avancées et annonces d’entreprises comme le GEC et StartRocket, la publicité entretient une relation vieille de plusieurs décennies avec l’espace. À partir des années 1990, lorsque la technologie spatiale est devenue plus accessible aux entreprises après la course à l’espace et la chute de l’Union soviétique, la publicité spatiale est devenue un point d’intérêt pour diverses organisations qui l’ont alors utilisé comme outil de marketing. En 1996, Pepsi a payé environ 5 millions de dollars pour qu’un cosmonaute fasse flotter une réplique de la canette de soda à l’extérieur de la station spatiale russe. En 1997, c’est la société de lait israélienne Tnuva qui a filmé une publicité pour son produit sur l’ancienne station spatiale russe Mir. En 2001, Pizza Hut a livré une pizza au salami de 6 pouces à la Station spatiale internationale. Depuis, des dizaines d’autres publicités non-intrusives, non-visibles depuis la Terre, allant de logos sur des combinaisons spatiales aux fusées en passant par des satellites, ont vu le jour. À l’inverse des publicités promues par StartRocket, appelées « intrusives » car reconnaissables depuis le sol sans télescope ou jumelles, les publicités non-intrusives sont régulées de la même manière sur terre et dans l’espace.

 

Emric